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Trop « éduquée » pour être victime de violences ?

28 October 2012

Officiellement, les femmes victimes de violences et de discriminations en tant que femmes peuvent demander l’asile dans les pays de l’Union Européenne… mais pour l’obtenir elles doivent affronter un véritable parcours du combattant. Prenons l’exemple d’une jeune femme qui a fuit un mariage forcé dans un pays d’Asie Centrale particulièrement connu pour les violences et les discriminations qu’y subissent les femmes. Au printemps 2012, alors qu’elle est auditionnée par l’OFPRA, on lui pose la question suivante à propos de son témoignage :

Qu’il y a-t-il d’intrinsèquement choquant dans le fait que les femmes ne puissent pas sortir sans leur frère ou leur père, ne puissent pas choisir leur mari ? Si c’est ce que vous avez connu depuis toujours, si c’est ce qui constitue la règle dans votre pays, dans votre milieu, en quoi cela est-il choquant ?

On trouve dans cette question tout le mépris raciste du « relativisme culturel », remettant en cause le caractère universel des droits humains : parce qu’elle vient d’un des pays où l’oppression patriarcale est la pire, pourquoi refuse-t-elle l’apartheid sexiste et un mariage forcé ?

En conclusion, le droit d’asile sera refusé à cette jeune femme. L’argumentation pour refuser l’asile c’est que la jeune femme concernée est “éduquée et cultivée“, “émancipée de son milieu“, donc il est « peu cohérent » qu’elle serait menacée de mariage forcé ! Comme si, dans tous les pays du monde, les violences faites aux femmes ne touchaient pas les femmes de tous les milieux ! On lui reproche même : « Mademoiselle, vous avez l’expression aisée, vous savez vous défendre oralement, vous savez argumenter et démontrer. Vous avez fait dix ans d’études secondaires. Comment pouvez-vous me dire que [pays d’où vient la jeune femme], les femmes n’ont pas le droit de poser des questions ? Nous sommes en plein dans la caricature“.

La caricature apparaît bien dans cet entretien… mais du côté de celui qui pose les questions, caricature de clichées racistes et sexistes où une femme victime de violences et menacée de mariage forcé ne devrait pas être capable de s’exprimer, de se défendre oralement… et finalement de demander l’asile.

Heureusement, cette jeune femme a obtenu le droit d’asile en déposant un recours contre cette première décision de l’OFPRA. Mais combien sont-elles, malgré les violences subies et les menaces dans leurs pays, à ne jamais obtenir de titre de séjour et à devoir vivre dans la crainte d’une expulsion vers leurs bourreaux ?

Face à l’oppression machiste et aux politiques xénophobes, il est que jamais nécessaire de revendiquer à l’échelle de l’Union Européenne un droit d’asile et un droit au séjour effectifs pour toutes les femmes victimes de violences.

Camille Boudjak

Signer la pétition : http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/asylum-rights-and-the-right-to-stay-for-all-victims-of-gender-based-violence

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