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Témoignage de Leila Mahmoud

4 November 2012

Je m’appelle Leila Mahmoud. Je suis née à Tanger (Maroc).

Au printemps 2007, une sœur de mon futur mari (qui est de de nationalité française) a commencé à parler avec ma mère que son frère chercherait une jeune femme comme moi pour se marier. La mère de mon futur mari est venue en avril 2007 au Maroc et c’est là que je l’ai rencontrée la première fois. Quelques jours plus tard, on m’a présentée à celui qui sera mon mari, Je me suis mariée avec lui le 5 juin 2009 à Tanger. Le 12 novembre 2009, j’ai obtenu un visa d’un an pour rejoindre mon mari en France et je suis arrivée en France le 20 novembre 2009.

Je me suis donc installée chez mon mari et ma belle-mère à Lyon. Pendant les deux premiers mois, tout se passait plutôt bien tant avec mon mari qu’avec ma belle-mère. A partir du mois de mars 2010, ma belle-mère commence à me faire des reproches, sur ma façon de cuisiner, d’utiliser la machine à laver et même qu’il fallait que j’arrête de prendre une douche chaque jour, mais seulement tous les quatre jours. Elle me reproche aussi ma façon de m’habiller. Elle ne voulait plus que je porte des jeans, des robes , etc. Une autre fois, en septembre, mon mari et ma belle-mère m’ont aussi obligé de porter le voile pour les accompagner au mariage de ma belle-soeur .

Petit à petit, je me suis rendue compte que mon mari et ma belle-mère voulaient m’empêcher de sortir et d’avoir des relations avec d’autres gens. Ainsi, lorsque j’ai été convoquée le 1er avril 2010 par l’OFII (Office Français de l’immigration et de l’Intégration) pour faire un bilan de compétence, mon mari et ma belle-soeur m’ont accompagnée en voiture. Mon mari était de très mauvaise humeur et disait craindre qu’ « on me monte la tête » pour que je travaille, et c’est là que pour la première fois je me rends compte qu’il refuse l’idée que je puisse travailler ou faire une formation. Une fois sur place, il cherche à imposer sa présence lors de l’entretien. Ma référente doit insister pour pouvoir s’entretenir seule avec moi. Au retour, il m’interroge et veut tout savoir de l’entretien.

En avril 2010, une voisine passe boire un café chez ma belle-mère, et me conseille de faire une formation. Dès qu’elle part, ma belle-mère me dit de ne pas penser à une formation, que cela me serait inutile et me demande de ne plus parler avec cette femme ou toute autre personne.

Fin avril, je prends un coup de froid, je tousse toute la nuit et je demande à voir un médecin. Ma belle-mère refuse et me donne simplement un sirop. Quinze jours plus tard, comme je me ne sens toujours pas bien, je décide d’aller voir le médecin un matin, mais mon mari m’interdit d’y aller.

Pendant toute la période où j’ai vécu chez ma belle-mère et mon mari, je n’ai jamais pu sortir seule, même pas pour acheter une baguette. Une seule fois, ma belle-mère voulait m’envoyer faire une course pour le repas, mais alors que j’allais sortir, mon mari s’est interposé et m’a interdit de quitter la maison.

Un soir, début juin, alors que mon mari s’approche de moi pour avoir des relations sexuelles, je lui dis de me laisser tranquille et que je suis fatiguée. Là, il me dit en riant : « ce n’est pas toi, c’est moi qui commande ». Je lui demande au nom de quoi ce serait à lui de commander, et c’est là qu’il me donne une première gifle. Je prends alors ma couette pour aller dormir dans le salon, lui me hurle dessus, me dit que je lui apporte « la honte » et me jette violemment sur le lit, claque la porte et m’empêche de sortir de la chambre. Moi je me mets à pleurer, il me prend les mains, je lui dis que comme il m’a tapée, je vais partir, et là il me dit « si tu traverses la porte de la maison, je te tue ! ». Il a répété cette phrase plusieurs fois. Il m’a aussi dit que c’est lui qui commande et qu’il me tuerait si je n’étais pas obéissante. Je ne voulais pas dormir avec lui, mais il m’a interdit de dormir dans une autre pièce. Moi je pleurais et lui s’est moqué de moi, et il a imposé sa présence toute la nuit. Il a tenté plusieurs fois de m’approcher, mais comme sa famille dormait à côté, il n’a pas osé aller plus loin de peur que je crie.

Le lendemain matin, ma belle-mère me pose des questions sur notre dispute de la veille. Mon mari, me voyant parler à sa mère, se met en colère, m’accuse de lui raconter ce qui s’est passé et de mentir, et me jette sa pantoufle au visage. Ma belle-mère lui demande de se calmer de peur que des gens puissent entendre la dispute.

Pendant l’été, alors que nous étions en vacances à Nice , avec sa soeur et sa belle-soeur, une dispute a commencé sous prétexte que je ne m’occuperai pas bien de ma belle-mère et que je chercherai à le pousser à la quitter pour vivre seule avec lui. Mon mari m’entraine à part sous prétexte qu’il voudrait me dire quelque chose en privé, et il me met des gifles, me tire les cheveux, me prends par les mains, crie et me dit « que tu le veuilles ou pas c’est le même prix, nous vivrons chez ma mère ». Il me dit aussi que je n’ai pas à m’occuper de ce qu’il fait, mais seulement de m’occuper de ma belle-mère.

Même pendant les vacances, je n’ai pas pu quitter seule la maison de mon beau-frère Lorsque tout le monde sortait, sauf moi, j’étais enfermée à clef dans cette maison.

Pendant notre retour vers Lyon, il ne cesse de me dire « tu verras ce que je vais faire, tu vas voir qui je suis vraiment ». Je comprends qu’il me fait des menaces. A peine arrivés, ma belle-mère me reproche mon comportement pendant les vacances, je dis que je n’ai rien fait de mal. Mon mari m’accuse d’en rajouter, il m’attrape par les cheveux, il me tire hors du fauteuil où j’étais assise et me fait tomber à terre, et c’est sa sœur qui lui dit de se calmer.

Bien que j’étais malade et épuisée, mon mari et ma belle-mère m’ont obligée, deux jours plus tard, à participer aux fiançailles de ma belle-sœur

Après ces fiançailles, et pendant toute la durée du ramadan, je n’ai jamais pu sortir du domicile, à part une soirée chez ma belle-sœur.

Quelques jours après le mariage, alors que je voulais reparler avec mon mari de cette histoire pour trouver un travail. Là, il m’a dit qu’il était hors de question que je travaille. Ma belle-mère est arrivée pour aller dans son sens et dire que je ne devais pas travailler. Il se met à crier, s’approche de moi, et me menace avec sa main, alors que ma belle-mère me reproche de vouloir travailler. Quand ma belle-mère quitte la pièce, mon mari me met des gifles, et quand je commence à crier, il me met la main devant la bouche pour me faire taire. Il me reproche, parce que j’ai crié, de vouloir le faire mettre en prison et de faire venir la police, et me menace de me renvoyer au Maroc. Il me dit « tu verras, c’est moi qui t’aies fait venir ici et c’est moi qui vais te faire renvoyer là-bas ». Tout en criant, mon mari me donne des gifles sur la tête. Ma belle-mère intervient pour qu’il arrête de me taper. Elle dit « arrête, tu vas la tuer et tu vas nous envoyer en prison. Ne t’inquiète pas, je sais ce qu’on va faire d’elle. J’ai demandé sa main à son père et je vais la ramener à son père ».

Deux jours après, ne pouvant supporter la situation, j’ai tenté de me suicider en prenant des cachets. J’avais des vertiges et n’arrivais plus à ouvrir les yeux, mais mon mari a réussi à me réveiller. J’ai demandé à voir un médecin ou d’aller à l’hôpital, mais mon mari a refusé. J’ai vomi toute la nuit. Il a insisté le lendemain pour que je ne parle à personne de ma tentative de suicide. J’ai encore une fois demandé à voir un médecin parce que je ne me sentais pas bien, mon mari a refusé.

Le 14 octobre 2010, mon mari m’a demandé de descendre au salon, ce que j’ai refusé. Il est entré dans ma chambre à l’étage et a essayé de me tirer vers le salon qui se trouve au rez-de-chaussée, il me tirait par la main, les cheveux, les vêtements et m’a fait descendre comme ça les escaliers. Un cousin à lui qui était présent lui a dit d’arrêter et a essayé de me relever. Mais mon mari me donnait des coups de pieds dans le dos et les jambes. Mon mari quitte la maison en disant qu’il allait chercher un billet d’avion pour me renvoyer au Maroc. Je profite de son départ pour fuir.

Ensuite, mon titre de séjour n’a pas été renouvelé et j’ai reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français.

Si je retourne au Maroc, je serai discriminée et rejetée en tant que femme divorcée, considérée comme apportant « la honte » à ma famille et je n’aurais nulle part où aller.

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